Pourquoi je n'arrive pas à arrêter ?

Ou le mythe de la volonté...

"Il suffit de vouloir vraiment." Une phrase que des millions de personnes ont entendue et qui résonne comme une double peine. Comme si ne pas réussir à arrêter révélait un manque de caractère, une faiblesse. Alors que la volonté n'a rien à voir là-dedans. Voici quelques vérités fondamentales pour comprendre ce qui maintient en place nos addictions.. 


L'addiction est contrôlée par des mécanismes inconscients 

L’inconscient contrôle tout un tas de mécanismes dévoués à notre survie sans même que nous ayons besoin d'y réfléchir :
 

  • respiration
  • battements du cœur
  • maintien de notre température
  • digestion, etc.


L'addiction fonctionne selon ce même principe. Ce n'est pas un choix conscient renouvelé chaque jour — c'est un programme automatique, installé en profondeur, que la volonté seule ne peut pas désinstaller. 

Si l'inconscient a décidé qu’un certain comportement reste nécessaire ou vital à notre fonctionnement, notre volonté sera bien rapidement balayée parce que l'addiction cherche à répondre à ces besoins que l'inconscient peut considérer comme vitaux.


 L'addiction répond à des besoins fondamentaux

Récemment, un client m'a raconté que lors d'une première séance d'arrêt au laser. La personne lui a demandé de lui donner son paquet et ça l'a tout de suite mis sur la défensive.

Pourquoi ? Parce que ce paquet était rattaché à un besoin vital (se détendre, pouvoir gérer son stress important).


Si l’habitude addictive est maintenue en place, c’est parce qu'elle cherche à répondre à un ou plusieurs besoins précis qu’il est essentiel d’identifier (détente, apaisement, soulagement, plaisir, énergie, aventure, se retrouver dans sa bulle, éteindre le cerveau, gérer certaines émotions, etc). 

Bien sûr, sa manière d'y répondre très imparfaite mais si elle est là, c'est que :

  • d'une, sa ou ses fonctions ont du être efficace pendant un certain temps
  • et de deux, l'esprit n'a pas encore trouvé une autre manière / stratégie accessible de générer ces états recherchés ou gérer les émotions traversées avec la même efficacité


Donc tant que ces besoins ne sont pas reconnus et traités par des stratégies plus saines, le comportement addictif restera la solution prioritaire choisie par notre inconscient et notre système nerveux.


La volonté est une ressource limitée et souvent trop sollicitée

La volonté (ou l'auto-contrôle) doit être imaginée comme une pile qui se décharge tout au long de la journée, à chaque instant où vous mobilisez un effort conscient. Quelques exemples de situations qui puisent dans cette réserve d'énergie :

  • s’occuper des autres (enfants, proches, patients, etc.)
  • gérer un imprévu ou une situation de crise
  • dire "oui" alors qu'à l'intérieur ça dit "non"
  • ​​​​​​​maintenir une situation qui au fond ne nous convient pas
  • retenir le débordement de certaines émotions
  • ​​​​​​​se conformer à des exigences (sociales, professionnelles) qui ne nous correspondent pas / plus
  • ​​​​​​​supporter l’humeur ou les mauvaises blagues d’un ou une collègue / dirigeant.e
  • sans compter la tentation des proches / ami.e.s qui consomment autour de nous

C'est d'abord ce qui explique en partie pourquoi de nombreuses situations d'addiction surviennent les soirs et les weekends. Fatigue aidant, on cherche une récompense, un remontant pour raviver cette volonté "à plat".

D'ailleurs il n'est pas rare que l'addiction serve principalement d'outil pour retrouver de l'énergie.


Et c'est donc pour cette raison qu'il n'est pas possible de compter seulement sur la volonté pour sortir d'une addiction.

Le compteur est au plus bas, une image illustrant la volonté épuisée

Abstinent Versus Libéré

Pourquoi certains comptent les jours, même des années après l’arrêt de leur consommation ? Reste-t'on addict toute sa vie ? Beaucoup vous diront "oui".

Pourquoi ? Parce qu'ils ou elles ne sont pas pleinement affranchi.e.s de leur addiction.

Dans Libérez-vous de votre addiction, Fabien Olicard distingue l'abstinent du libéré. L'abstinent ne consomme plus, mais il lutte encore — il compte les jours, évite certaines situations, reste défini par ce qu'il ne fait plus. Le libéré, lui, n'a plus de combat intérieur.


Ce qui sépare l'abstinent du libéré

Ce qui fait la différence entre quelqu'un qui n'a plus de souci avec l'addiction, quelqu'un qui compte les jours et quelqu'un qui replonge...

C’est tout simplement le fait que l’addiction a été pleinement remplacée ! 

Sinon, il y a un vide. Et l’esprit a horreur du vide. Donc il cherche à le combler. 


Et s'il n'y a pas de nouvelles manières consciemment choisies — intérieures comme extérieures : de nouvelles ressources émotionnelles, de nouvelles stratégies, une préparation aux situations à risque — ce vide reste là  et crée une lutte et une résistance intérieure permanente.

La sortie de l'addiction ne passe donc pas par plus d'efforts. Elle passe par la compréhension de ce que l'addiction cherche précisément à résoudre — et par la capacité à trouver des manières vivantes et pleines de sens de la remplacer.


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