[Sortir de l'addiction] Comment Sabine s'est libérée de son addiction solitaire ?
Sabine a développé une nature plutôt rebelle, sûrement liée à une éducation plutôt stricte où "les enfants sont là pour rester à leur place, ne pas déranger les adultes et faire ce qu'on leur demande."
Sabine avait perdu son conjoint il y a plus de 20 ans dans des circonstances sombres. Dans son souvenir, à l'époque de cette séparation douloureuse et pleine d'interrogations, l'alcool lui avait permis de garder la face pour ses enfants, d'oublier autant que possible cet évènement tragique et de pouvoir garder le sourire et faire la fête tout en pouvant se dire "la vie continue".
Et puis ce pansement temporaire est devenu permanent. D'abord social puis progressivement solitaire. Justement pour éviter toute la douleur que la sensation de solitude pouvait réveiller car elle faisait, malgré elle, toujours écho au passé.
Sabine a essayé les cures, sans succès...
Ensemble nous avons pu identifier que l'alcool lui permettait de ne pas se confronter à cette solitude qui pouvait la hanter.
Alors dans un premier temps, grâce à l'hypnose, nous avons d'abord créé un espace de sécurité et de liberté intérieure d'où elle pourrait accueillir ses émotions moins confortables ou douloureuses.
Du haut d'une montagne familière que son inconscient a rapidement retrouvé, grâce à l'hypnose interactive, comme un lieu ressource, elle pouvait prendre de la hauteur sur tout ce qui se passait à l'intérieur. Tout l'espace autour de cette montagne lui permettait aussi de retrouver ce sentiment de liberté qui lui est si cher.
Depuis cet espace et cette hauteur, il était beaucoup plus facile d'observer cette solitude comme un phénomène extérieur. Sabine prit la décision de laisser couler la solitude dans une rivière qui descendait de la montagne.
Une fois cette solitude écoulée, une toute nouvelle image lui apparut dans ce voyage intérieur : un ensemble de portes, entrouvertes, qui donnaient chacune sur un autre paysage. Sabine souhaita les garder ainsi, pour pouvoir se laisser toutes les options possibles et rester libre.
Plusieurs séances ont été nécessaires pour ancrer toutes les émotions que l'addiction à l'alcool cherchait à combler : liberté, légèreté, extase, partage.
Ainsi, l'esprit et le corps ont pu valider en profondeur, par ces expériences, le fait que l'alcool n'était plus nécessaire pour ressentir pleinement ces émotions positives.
Un simple retour à ces espaces ressources suffisait pour les réveiller.
Une fois l'aspect émotionnel renforcé, nous sommes concentrés sur les aspects plus concrets / pragmatiques.
Puisque la solitude s'avérait être la principale cause de ces envies de consommer, il nous a fallu établir un menu d'activités choisies proactivement, pour que Sabine puisse passer d'une solitude subie à un espace de liberté et de choix bien vivants pour elle.
Sabine est reparti avec une liste d'envies bien fournie et un plan d'attaque pour lancer un certain nombre d'activités riches en épanouissement et en lien social, qu'elle avait dans un coin de la tête depuis quelques semaines, voire quelques mois, mais que la consommation d'alcool venait repousser à chaque fois.
Redécouvrant le plaisir d'avoir des projets et de les nourrir, son envie de boire a disparu assez rapidement. En quelques semaines seulement.
En faisant l'expérience d'une vie stimulante et remplie de partages, l'envie de boire est devenue fade. Comme quelqu'un qui, après des années de pizzas industriels, avait déménagé chez un chef pizzaïolo napolitain.
Sabine est revenue deux fois ensuite.
D'abord pour faire un bilan : elle se sentait revivre. Elle avait retrouvé du sens et de l'envie envers tout un tas de projets. Son teint, son élan et sa coquetterie s'étaient aussi colorés comme si son chemin intérieur se reflétait. Nous avons établi qu'à cet instant, aucune situation ne laissait entrevoir le risque de reprendre une consommation quotidienne.
Par sécurité, nous nous sommes mis d'accord que si, à la moindre occasion, elle sentait ce risque pointer le bout de son nez, elle pouvait revenir me consulter pour qu'on puisse l'adresser pleinement.
Puis une autre séance, pour adresser une inquiétude : son addiction semblait s'être transférée sur une boisson non alcoolisée. Mais entre temps, elle avait trouvé une alternative saine et donc pouvait choisir entre la boisson plaisir et la boisson saine. Nous avons validé que cette nouvelle situation était écologique et sans risque pour elle.
Cette séance nous a aussi permis de comprendre les circonstances des précédentes rechutes, qui engendraient chez elle la crainte que l'addiction revienne.
La dernière s'était passé après un retour de cure.
L'inconvénient des cures, c'est qu'elles se passent dans un endroit préservé : pas de tentations, un groupe solidaire, des soutiens médicaux à portée, un cadre bien loin des habitudes quotidiennes, le côté stimulant et nouveau de cette expérience. Tous ces aspects faussent la donne. L'abstinence est plus simple dans un contexte encadré et où tout le monde tend vers le même but. Mais ça ne change pas scrupuleusement les conditions du quotidien.
Sabine comprit ainsi que sa situation était bien différente ici : elle avait changé les circonstances de son quotidien qui étaient la source de sa consommation.
L'autre rechute avait eu lieu après le départ d'un groupe d'ami.e.s qui était venu passer quelques jours en sa compagnie. Le fait de se retrouver seule avait re-déclenché la douleur de la solitude. Pour éviter cet effet "chaud-froid", nous avons envisagé une transition plus douce suite à la prochaine visite amicale qu'elle recevrait.
L'histoire de Sabine est une véritable inspiration qu'il n'est jamais trop tard pour reprendre le chemin vers la vie même quand l'addiction l'a silencieusement éteinte pendant plusieurs dizaines d'années.
Elle nous rappelle aussi que l'addiction est une messagère, et qu'en apprenant à l'écouter habilement, sa compréhension nous aide retrouver le chemin vers la liberté et l'épanouissement.
