[Sortie d'addiction] Performance et stimulants, le récit de Clément
Clément est directeur général d'un groupe de prestige. Un métier à très fortes responsabilités.
Au départ, il m'avoue qu'il est très autonome et que l'idée de faire appel à quelqu'un d'extérieur pour sortir d'une impasse n'est clairement pas dans ses habitudes, mais là il doit bien se résoudre au fait qu'il ne trouve pas la porte de sortie.
Je lui explique qu'heureusement nous sommes en partie interdépendants car il nous est impossible d'être des experts de tous les domaines (mécanique, plomberie, électricité, informatique, électronique, psychologie, etc.) sans quoi nous n'aurions plus le temps et l'énergie de nous consacrer au(x) domaine(s) qui nous passionnent vraiment.
Au cours de nos rencontres, je suis rapidement marqué par la rapidité de son raisonnement, sa facilité de compréhension et d'intégration, ainsi que par la discipline avec laquelle il incarne ses valeurs, ce qui force d'ailleurs mon respect.
Clément est très impliqué dans cette activité professionnelle qui occupe une majeure partie de son temps. Il n'est pas rare que ses soirées et une partie de ses weekends y soient aussi consacrées.
Donc très vite, nous identifions la fonction de sa consommation : la cocaïne lui permet de tenir le rythme...
- soit en guise de coup de boost pour répondre à un appel d'offres au beau milieu de la nuit
- soit pour tenir un soir de weekend et se permettre une soirée entre amis ou avec sa compagne
Quand je lui demande ensuite si ce rythme intense lui convient, il me répond sans trop de surprise que non.
Même s'il a clairement un profil actif et besogneux, Clément m'avoue qu'il aimerait bien retrouver un équilibre sain et notamment du temps et de l'espace pour partager des moments de qualité avec ses proches et sa famille dont il décline trop souvent les invitations.
"J'ai bien conscience que tout ce temps et toute cette énergie investis aujourd'hui ne me vaudront aucune reconnaissance de la part des actionnaires à la sortie. Certes ils sont ravis de ma performance aujourd'hui mais c'est tout. Ces sacrifices n'ont aucun intérêt, si ce n'est celui de générer plus d'argent pour le groupe et d'augmenter leurs attentes systématiquement. Plus de réussite implique de plus gros objectifs ensuite."
Nous faisons donc une pause pour comprendre alors les mécanismes qui poussent Clément à sur-performer. Puisque ce n'est pas la promesse d'une liberté ou d'une reconnaissance future, pourquoi entretient-il ce rythme au péril de sa santé, de son bien-être et des relations avec celles et ceux qu'il aime ?
L'exploration menée ensemble nous amène à prendre conscience du "driver" qui incite Clément à maintenir cet équilibre précaire : le besoin d'être perçu comme le meilleur et de nourrir cette image d'homme infaillible auprès de ses collaborateurs.
En allant plus loin, on réalise que ce besoin a pris naissance dans l'enfance et plus précisément à l'école...
Clément n'a jamais été scolaire. Comme beaucoup de profils hauts potentiels, très difficile pour lui d'intégrer une information sans en comprendre son sens ou la motivation derrière son apprentissage . Naturellement incompatible avec l'apprentissage par coeur comme il est notamment appliqué dans le cadre scolaire de l'époque lui vaut d'être perçu comme un cancre.
Certains de ses professeurs s'autorisent à lui prédire un avenir... sans avenir.
"Tu finiras SDF" entendra-t-il même durant son parcours...
Face à l'incompréhension du cadre pédagogique, Clément se résigne progressivement à s'allier aux autres indigents et désabusés du système scolaire pour se réfugier dans les plaisirs rebelles échappatoires : cigarette, cannabis, alcool...
Puis, à sa majorité, il décide de partir à l'étranger et trouve un emploi dans le secteur touristique. Il réalise alors son appétit pour l'apprentissage pratique. En quelques mois à peine, Clément maîtrise la langue du pays, lui qui affichait pourtant des notes désastreuses dans cette matière à l'école.
Rapidement il gravit les échelons et chaque promotion est une revanche prise sur cette éducation qui le condamnait à l'échec. Clément se bat à chaque instant pour ne pas donner raison au verdict de l'institution.
Vous pourriez me dire : "Oui mais cet échec scolaire a finalement eu du bon, Clément a su le transformer en force !" Et vous auriez en partie raison.
Mais c'est aussi ce même échec scolaire qui pousse inconsciemment Clément à sur-performer systématiquement pour éviter à tout prix de revivre une telle humiliation. Hors de question de laisser le moindre doute s'installer sur sa capacité à réussir, même au détriment de son propre équilibre !
Une fois cette prise de conscience faite, nous utilisons l'Hypnose Interactive pour l'aider à se reconnecter à ses besoins émotionnels profonds : énergie, reconnaissance, clarté, maîtrise — des besoins qu'il tentait de combler par son travail acharné et sa consommation.
Grâce à ces capacités d'intégration impressionnantes (dans la mesure où le sens de cette démarche est clair pour lui) Clément s'approprie très rapidement ces outils de visualisations intérieures pour nourrir ces émotions positives de l'intérieur.
En seulement 2 mois, la consommation disparaît et son rythme de vie change. Il reprend le sport 2 fois par semaine pour nourrir un sentiment d'énergie, de bien-être et de maîtrise et nous élaborons un cadre de travail en accord avec ses besoins d'efficacité et d'équilibre, pour éviter de retourner dans une dynamique sacrificielle.
Clément envisage même de reprendre une de ses grandes passions : l'art floral. Au travers de questions de coaching, nous explorons ensemble comment créer de l'espace pour cette activité et résoudre les points logistiques bloquants.
La transition se fait en douceur, et l'envie de consommer se résorbe sans contrainte puisque tous les besoins sous-jacents sont adressés.
Nous passons enfin en revue toutes les situations potentiellement à risque et élaborons des stratégies simples, en accord avec ses besoins et ses contraintes, pour éviter toute rechute.
L'histoire de Clément illustre parfaitement ce que j'observe systématiquement dans ces accompagnements :
Derrière chaque comportement qui nous échappe, il y a des besoins légitimes qui cherchent à être entendus.
La consommation n'est jamais le problème en elle-même. Elle était la stratégie qu'il avait trouvée — provisoire, coûteuse, mais efficace à sa façon — faute de mieux.
En remontant à la source et en comprenant ce qui animait les agissements de Clément, nous avons pu remplacer ce mécanisme par quelque chose de plus aligné avec qui il est profondément.
Non pas en lui imposant un cadre, mais en lui redonnant accès à ses propres ressources.
Cette approche ne combat jamais le symptôme : elle vise simplement à répondre autrement aux besoins sous-jacents qui l'ont engendré.
